Retour à Tavolara

 


Sous la botte italienne

Nous quittons Santa Maria di Leuca à l’aube, portés par une petite brise, suivis par d’autres voiliers. Sur notre route, au milieu du golfe de Tarente, un cygne abandonné attire nos regards. D’un coup de gaffe habile, nous saisissons la bouée. Est ce un bon présage ? ….Non,  les vents nous abandonnent.
Nous relâchons à Crotone. Petite ville, fortifications, grand port de commerce quasi inoccupé et petit port de plaisance. Nous mouillons dans l’avant-port.

Le lendemain, le cap Colonne débordé, une forte houle nous accueille. Le ciel est noir. Une succession de grains, fauteurs de cette houle, nous attendent dans le golfe de Squillace.
Éclairs, trombes d’eau, grêle…. L'équipage se replie dans le bateau, coupe les batteries, sèche les instruments. Mais le barreur meurtri par le choc des grêlons,  doit rouler une serviette de bain sous le capuchon du ciré, et se protéger le dos.... Trempés et gelés, nous fuyons à 5 nœuds, à sec de toile  !

Quand les grains s’éloignent nous sommes au fond du golfe. La plage s’étire sur des miles. Les parasols sont désertés. Nous mouillons, éreintés, devant les peupliers de Torre del Crocchio.
Puis le soleil revient, et les touristes aussi…

Puis les jours se suivent, caniculaires… Adieu bourrasques, adieu rafales.
On se construit des abris de fortune pour se protéger à présent des morsures du soleil.
Le temps devient long.  Tout est prétexte à photographies : poursuite de reflets, constructions éphémères, pêche d'images fantasmagoriques à la surface des eaux...


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




 

 

Grains dans le golfe de Squillace

 

Le grand passage

Messine…. nous approchons toujours de ce détroit avec quelque appréhension. L’étroitesse du passage, ses courants violents, ses vents virevoltants en l’espace de quelques minutes, nous allons les connaître.

En moins d’une demie heure, nous nous présentons trois fois au pied du Capo dei Armi, dans un près de plus en plus serré, deux ris dans la grand voile et quelques tours de rouleau dans le génois. Deux fois, face à la virulence du vent de Nord, nous faisons demi tour pour rencontrer un demi mile plus loin des vents opposés, soufflant du Sud. Et deux fois nous pensons que le vent dans le détroit vient de tourner, qu’il est devenu favorable…

Mais ces vents ne sont que des revolvings, des vents à contre courant, générés par le vent dominant descendant des hauteurs. Aussi à la troisième tentative nous forçons le passage, doublons le Capo dei Armi et faisons route d'abord vers la Sicile, puis, le cap s’améliorant, vers Messine, puis le Nord de Messine.
Le virement de bord suivant nous amène à Reggio de Calabre. Épuisés nous relâchons, le détroit se passera en deux jours.

Le lendemain, le vent ayant quelque peu molli, portés par le courant principal, nous traversons le rail, nous côtoyons les pêcheurs d’espadons sur leur drôles embarcations, et contournons enfin le pylône et le fortin qui marquent l’entrée Nord du détroit.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



A quai, à Reggio di Calabre
 

 

Iles Eoliennes

A Reggio, profitant de l’eau à quai, c'est grande lessive.
Aussi, dès la sortie du détroit, nous tirons la corde à linge entre haubans et bas-étai. Bientôt le linge, coloré, bat dans le vent, il donne une touche gaie et bohème à nos voiles bien trop sages.

Dans la lenteur du soir les îles Éoliennes se dessinent à contre-jour, tout l’arc oriental nettement posé au-dessus de l’horizon : Vulcano, Lipari, Panarea, Stromboli et leurs acolytes. Salina, Alicudi et Filicudi, quant à elles, sont dissoutes dans la brume.

Vulcano est une île de passion. Tôt le matin ou tard le soir, pour éviter les ardeurs du soleil, nous rejoignons les bains de boue à la nage, deux pièces dans la main comme pour franchir le Styx et payer l’obole qui donne accès à l’autre rive…
Ce sera trois jours d’escale, de repos, de lecture, de bains, entrecoupés de quelques orages.

Au quatrième jour nous allons à Lipari faire le plein de fuel et d’eau. Le soir nous mouillons devant la carrière de pierre ponce abandonnée. L’eau est d’un vert transparent, irréel, lumineux même la nuit…



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Vulcano : mouillage face aux bains de boue

 

 

Traversée Eoliennes-Sardaigne

Quittant Lipari, nous serrons l’île de Salina. Une trentaine de voiliers sont au mouillage.
Sur le bas des versants Est et Nord la vigne est cultivée. Le sommet est boisé. Un coupe-feu le protège. A Vulcano aussi plusieurs coupe-feux quadrillent l’île, ils suivent les crêtes afin de limiter toute propagation d’éventuels incendies. Les italiens sont vraiment plus en avance que nous pour protéger leurs forêts !

A Lipari, la météo annoncait une fenêtre de quatre jours de vents portants, de force 2 à 4, idéale pour rallier la Sardaigne.
Nous partons donc bien con-fiants, mais que tout esprit expérimenté retire la dernière syllabe : quatre jours durant ce ne sera que pétole, calmasse, canicule, à sécher réservoir de fuel et gosiers…

Ce n’est plus la mer Tyrrhénienne connue que nous traversons, mais ce que les géographes et météorologues appellent un bassin de basses pressions : l’eau s’évapore. Brumes, petits nuages en formation sont notre quotidien. Petits nuages qui deviennent gros, forment de noires enclumes dans les cieux et déversent des trombes d’eau loin de nous. La Sicile est sous les éclairs, mais aussi la botte italienne, les Éoliennes, la Sardaigne… les enclumes se crèvent sur les premiers reliefs, zébrant le ciel d’éclairs à répétition…
Et nous sommes partie prenante dans ce cycle de l’eau,  nous,  ectoplasmes qui vaporisons par chacun de nos pores des litres et des litres d’eau....

La mer est devenue un miroir, sans la moindre ridule. Dauphins et tortues, rares aspérités dans ce décor, sont ainsi visibles d'excessivement loin. Nous ne pensions pas voir autant de tortues en Méditerrané, nous ne pensions pas qu'il en existait autant...

Quand une risée brise le miroir, nous déroulons le génois, nous filons 2 à 4 nœuds pour économiser le gas-oil… en quête permanente de la plus petite respiration.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





Des tortues par centaines
 

 

Ascension de Tavolara

Heureux qui comme Ulysse, après un long voyage, découvre le toit fumant de l’île Tavolara
Quatre jours plus tard, nous mouillons devant la plage de Tavolara, épuisés par un moteur de 15 CV qui, éteint, bourdonne encore à nos oreilles.
Le lendemain nous mettons pied à terre, un pied qui tremble. Est-ce nos jambes ou nos oreilles bourdonnantes la cause de ce trouble ?

Partis à 8 heures, nous faisons l’ascension du sommet. Deux heures de montée à l’ombre, une première falaise à franchir – des cordes équipent les passages difficiles et exposés – puis une longue horizontale sous la falaise suivante, dans une forêt de chêne vert, genévrier de Phénicie séculaire, lentisque, bruyère, myrte et, pour faire court, toutes les plantes odorantes que la Méditerranée porte en son sein.

Le franchissement de la deuxième falaise est une via ferrata, câbles et échelons équipent le passage. Nous l’ignorions, mais serrant les battements de cœur au fond de la gorge, quand on a franchi le premier passage, on passe au suivant, et au suivant encore et… on continue jusqu’au sommet.

Tavolara offre au regard un liseré de côte sarde spectaculaire, inoubliable.
Pour celles et ceux qui voudraient suivre nos pas – c’est la randonnée à faire – un conseil, emportez les harnais de sécurité rangés dans les équipés de votre voilier. L’ascension n’en sera que plus légère…



 

Mouillage à Tavolara

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