En vue de la Corse

 

 

 

 

Voile pour Isola Piana et Piantarella

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Archipel de la Maddalena en arrière plan

 

 

Un jour il faut rentrer au pays, oublier l’aube vaporeuse sur des mouillages endormis, les étoiles lumineuses qui éclairent le pont et les eaux tièdes au fond des baies…
Il faut rentrer.

De la morsure du soleil, du roulis, du tangage, des calmasses où l’horizon se confond avec le ciel, dans une brume qui colle à la peau, des paupières lourdes des veilles de nuit, de ces impondérables du voyage nous ne parlerons pas, il faut magnifier la vie en n’ignorant rien de ses duretés.

Si nous sommes vite descendus vers le Sud - les vents étaient plutôt favorables -  la remontée vers le Nord fut plus lente, de sauts de puce en sauts de puce, sous des ciels souvent chargés et des sautes permanentes de vent.
Nous rentrons, au demeurant, toujours dans le même monde, notre Méditerranée, nous retrouvons ce que nous connaissons. Revoir repose et calme. Le voyage est plus paisible quand il se déroule en terre connue. Depuis Tavolara, nous voyons la Corse, l’Uomo di Cagna, les pointes Monaco et Ovace.

Entre les îles Cavallo et Piana nous retrouvons la plage de Piantarella, la pointe de Sperone et les ruines, toujours dans le même état d'abandon, de la villa romaine. Seul les thermes restent identifiables par la présence du four.




 






 

 

 

 

 

 

 


Cap Pertusato, falaise de Bonifacio



De Bonifacio à la cala de Paraguano

Pas un arbre, pas une branche ne dépasse l’autre. Sur le berge Sud de la calanque de Paraguano, le vent dominant a uniformément coiffé la végétation. Le pendage, calcaire, de la côte sud, plonge à 45° dans les flots, comme à Tavolara, mais ici, le plongeon s’effectue vers le Nord.
Sur la berge opposée, sous le vent donc, les arbres affichent leurs propres tailles, personnalisées, dans un grand tumulte dû au chaos de granit.
Une plage de sable, bordée de cannes de Provence, relie au fond de la baie les berges calcaire et granitique,  arbitre cette confrontation géologique.

Ni paillote, ni guinguette, rien, le silence seul plane sur le sable. Au pied des Monts de la Trinité le recueillement semble la règle.
Une dizaine de voiliers, sous le ciel couvert, sont au mouillage. Les mâts oscillent au gré du clapot, celui de l’écho que renvoient les berges.

Nous mettons l’annexe à l’eau, une envie de marcher, de revoir le four à chaux et retrouver le maquis. Le four, sur la rive granitique, est construit en pierres de granit. Le calcaire était acheminé en barque de la berge opposée.

En montant vers l’église de la Trinité, j’imaginais les moines gravissant le sentier, un sac de chaux sur le dos, pour blanchir la chapelle.
Par leur résolution, leur courage, les moines de Tibérine auront donné leurs noms à la postérité, mais pas leurs meurtriers, anonymes serviteurs d’une cause oubliée…


 

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

 

Tour de Capanella et baie de Cupabia

 

 

 

De l’anse de Chevanu à la plage du Taravo

Une hirondelle ne fait pas le printemps… mais quand elles sont une trentaine à se poser sur nos barres de flèches, nous signifient-elles la fin de saison et leur désir profond de prendre le large …?

Dans l’anse de Chevanu les catamarans sont de plus en plus nombreux et de plus en plus gros. Mais, déchéance honteuse, tous naviguent au moteur. Un cata qui hisse ses deux voiles est l’exception.. et encore il s’appuie au moteur….

De petits sauts en petits sauts, et faibles brises, nous remontons la Corse. Nous attendons le vent à la Plage d’Argent, nous hissons l’ancre avec la brise thermique, une brise de terre.... il a tant plu ces derniers jours que l’odeur de terre mouillée s’épanche plusieurs miles au large. Nous en profitons.
Puis, progressivement, le coup de vent d’Ouest s’annonce. Au travers, sous gennaker nous traversons comme une flèche le golfe du Valinco. Nous jetons l’ancre à Porticciu, à l’extrémité Ouest de la plage du Taravo.
Deux jours, deux nuits durant nous roulons bord sur bord. C’est un grand ballet, une pénible sarabande, que tous les voiliers au mouillage offrent comme spectacle.

Quand la houle cesse nous partons randonner.
Le sentier part du hameau de Porto Pollo. Il monte tout droit vers la crête, serré entre deux murets de pierre sèche. Nous marchons dans la draille qui reliait le village de Serra di Ferro à la plaine alluviale du Taravo. Les bergers qui, l’été, ne transhumaient pas sur les pentes de l’Incudine, pouvaient ainsi recourir aux prairies qui de part et d’autres bordent le fleuve.
La crête domine la baie de Cupabia. C’est une ZNIEFF, une zone naturelle d’intérêt naturel floristique et faunistique. Elle renferme une dune et une zone humide où poussent chiendent des sables et panicauts. En retrait, sur les anciennes dunes, se développent immortelles d’Italie et ciste à feuille de sauge.

Le site est sauvage, sous la surveillance des tours génoises de Capanella et de Capo Nero. Une seule bâtisse au fond de la baie et un plagiste occupent la partie Est de la plage.


Voilà pourquoi, nous disait José en remontant ses filets,  beaucoup jalousent les corses...

Pour répondre à quelques questions...

Nous naviguons sur un Pogo 8.5. Deux couchettes doubles, deux banquettes de part et d'autre du carré,  soute à voile et toilettes  à l'arrière babord faisant pendant à la couchette double.

La couchette arrière double a été transformée pour l'occasion en cambuse : nous y stockions l'avitaillement.

Les couchettes du carré ne servaient qu'au cours des traversées.

Quelques photos :

N'avions nous pas l'été à franchir, comme un large

Océan immobile, et moi simple, couché

Sur les yeux et bouche et l'âme de l'étrave,

Aimant l'été, buvant tes yeux sans souvenirs,

N'étais-je pas le rêve aux prunelles absentes

Qui prend et ne prend pas, et ne veut retenir

De ta couleur d'été qu'un bleu d'une autre pierre

Pour un été plus grand, où rien ne peut finir ?

Y Bonnefoy - L'été de nuit

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