Le fantasme des îles : les îles de Doume

 

 

A quelques encablures de la côte, deux îlots rocheux, jadis appelés îles de Doume,  débordent la pointe d'Endoume. Quelques brasses ou crawl suffisent aux baigneurs pour rejoindre l'îlot.

Avec If, Ratonneau, Pomègues ils constituent le prolongement de l'épine dorsale sur laquelle Notre Dame de la Garde est assise, et qui partage Marseille en deux rades.

- Le premier de ces îlots, appelé aujourd'hui île des Pendus, marque le souvenir du sac dont Marseille fut victime en 1423...  

 

Le sac de Marseille a été perpétré par les troupes du roi Alphonse V d'Aragon en novembre 1423.  

Alphonse V revendiquait la couronne de Naples mais battu par Louis III dans le sud de l'Italie il est obligé de retourner en Aragon. Sur le chemin du retour, par vengeance,  Alphonse V attaque la ville de Marseille, la met à sac et incendie la cité durant trois jours. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement municipal marseillais n'ignorait pas la menace que faisait planer sur la ville le passage de la flotte ennemie le long des cotes provençales. Cette flotte composée de dix-huit galères et de douze vaisseaux avait été aperçue à Nice puis à Toulon. Les marseillais en avaient été avertis. Dès le mois d'octobre le trésor de l'abbaye de Saint-Victor ainsi que les reliques de Saint Louis d’Anjou conservées au couvent des frères mineurs sont ainsi mis à l’abri à l’intérieur des remparts.
Malheureusement la ville ne dispose pour défendre les remparts que de peu d'hommes médiocrement armés. Mais surtout Marseille est privée de sa flotte, Louis III ayant emmené avec lui en Italie les meilleurs navires du port.

Le sac est une des pires tragédies que connut Marseille. Sur cet îlot, en l'année 1423,  Alphonse d'Aragon  fait pendre douze otages....

- Le deuxième de ces îlots porte un fortin.

La poterne est ouverte. En deux coups de pagaie je range le kayak contre le  débarcadère et, de peu,  je manque me fiche à l'eau... Appuyée à la rembarde, goguenarde, une personne me regarde. Je me présente, la jupe du kayak toujours autour du ventre,  "Bonjour, Hilarion de Tourville" Il me répond d'une façon inintelligible, où je crois reconnaître "Moi c'est le chevalier Bayard..." et me fait signe d'entrer.
J'ai droit à la garde d'honneur du service d'entretien ...


Au XVIème siècle, l'île était une sorte de barbacane, une avancée maritime précédant les véritables fortifications. Elle protégeait la ville sur le flanc sud et était censée tomber la première en cas d'invasion. Louis XIV décida, afin de renforcer les défenses de la rade, d'y faire bâtir un fortin sur les restes d'un aménagement provisoire accolé à une poudrière dont le bâtiment existe toujours. On donna à ce fort, terminé en 1703, le nom de Tourville, juste souvenir de l'Amiral d'Escadre qui combattit les barbaresques en Méditerranée (Etaient appelés barbaresques les turcs qui, après la prise de Constantinople, étaient devenu maîtres de la Méditerranée).
 

Anne Hilarion de Costentin, comte de Tourville, est un vice-amiral et Maréchal de France, né en novembre 1642 à Paris.
Présenté à l'âge de quatre ans dans l'Ordre de Malte, il mène très jeune plusieurs campagnes en mer Méditerranée contre les Turcs. En 1666, il intègre la Marine royale et est nommé capitaine de vaisseau l'année suivante. C'est pendant la guerre de Hollande que Tourville se distingue pour la première fois pendant la campagne de Sicile, aux batailles d'Alicudi, d'Agosta et de Palerme en 1676. La paix revenue, il commande une escadre de quatre vaisseaux, en 1679, lorsqu'il est pris dans une tempête au large de Belle-Isle. Son vaisseau Le Sans-Pareil coule et il ne doit sa survie qu'à l'intervention du chevalier de Coëtlogon.

Promu lieutenant-général des armées navales en 1682, il est nommé vice-amiral du Levant en 1689, un an après la mort du "Grand Duquesne". Pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, il se distingue à nouveau à plusieurs reprises au cap Béveziers en 1690, à la bataille de la Hougue en 1692 et l'année suivante lors de la prise du convoi de Smyrne.

Fait maréchal de France, il se retire à la fin de la guerre. Il meurt à Paris en 1701, à l'âge de 59 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fortin ou tour-réduit, bâtiment carré d’une emprise de 280 M² au sol, est constitué de deux grandes voûtes traversantes, le contreventement étant assuré de part et  d' autre par un ensemble de 3 voûtes perpendiculaires.
Le tout est chargé au dessus des voûtes par un massif compact de remplissage chaux et pierres afin d’assurer le blocage et résister aux boulets. Un mur parapet en périphérie de la terrasse vient aussi assurer par compression le blocage de la poussée des voûtes.
L’entrée du fort se fait façade ouest par un pont levis sur une douve sèche.

 
Sous la pièce d'entrée, on trouve la citerne à eau de récupération des eaux de pluie de la terrasse. De chaque coté de l’entrée on accédait à deux pièces et de la pièce sud on accède à la terrasse par un escalier étroit. Après l’entrée, viennent deux pièces transversales en voûte, et ensuite une série de trois pièces, dont celle du milieu devait abriter le magasin à poudre reconnaissable à sa position centrale et ces évents en chicane assurant l'aération et préservant de l'entrée des projectiles.
Le sol du fort se situe à 5,50 mètres au dessus du niveau de l'eau, la terrasse est à 10 mètres, le haut du parapet à 12 mètres, la hauteur moyenne du rempart est à 11 mètres.

Source : Monuments historiques


Et puis les siècles passent, qui ne laissent guère de traces...
En 1861, le Fort est réorganisé ; il présente l'architecture qu'on lui connaît aujourd'hui.
 
Puis vint la Belle Epoque : l'Exposition Universelle, les rêves coloniaux, "qui amènent dans la cité phocéenne capitaines d'opérette, commandeurs en habit et leurs troupes d'artistes de music-hall". Quelques mois avant la guerre de 14-18, Marseille veut croire en son destin d'Outre mer. 
 
Liane Degaby, artiste célèbre à l'aube de la Grande Guerre, avait très avantageusement posé pour la cause de la Nation, drapée dans une dignité légère, invisible... Elle fait un beau mariage, l'industriel marseillais, André Lavai succombant à ses charmes.
Il offre à son égérie une île : "On y fera un théatre pour les muses des mers

 

La guerre éclate, la guerre finit, et les séjours au Fort de Tourville  s'estompent peu à peu ; Pillages et vandalisme finissent par avoir raison de l'enthousiasme de la  propriétaire. 
Aux fêtes, aux réceptions, succèdent la solitude, les décennies de sommeil, l'île abandonnée, une deuxième guerre.. 

Le renouveau des années 60 fait nourrir des projets grandioses. Monsieur Boursier, restaurateur et homme d'affaires, voulut y installer un complexe hôtelier avec dancing et casino, allant même jusqu'à imaginer de relier l'île à la terre par un téléphérique, un tunnel ou un funiculaire... Et finalement un hélicoptère…

Aujourd'hui, propriété d'une société belge créatrice d'évènements, on lui doit la rénovation du site.
Visite guidée...