Le fantasme des îles... Planier, première escale.

 

Les marins ont toujours eu le fantasme des îles. Ile déserte ou îles aux divines rencontres.

L'homme est ainsi, épris de conquêtes, aller plus loin, aller au delà, connaître.

Et c'est ainsi, le rêve en tête, qu'il traverse les mers.

 

Alors partons aujourd'hui à la découverte de la première de ces îles, posées au large de Marseille, et qui chaque soir nous envoie le flash, un éclat blanc toutes les cinq secondes, de sa lanterne posée 71 m au dessus des flots.

 

C'est une petite île, 4 hectares, mais elle repose sur un plateau de près de 35 hectares, cause de bien de drames, car située sur la route de Marseille, un port en croissance continue.

 

L'île est basse (4m de haut), faite d'un calcaire déchiqueté, crevassé et, bizarement, étrangement lisse et noirci, comme poli, par endroits. Au nord-est une petite crique en eau profonde et un quai. Au sud une plage de récifs et de gros galets, poussés et roulés par les eaux, s'étend au pied d'un monumental escalier.

Et tout autour des eaux claires, illuminées par les galets blancs coincés entre les rochers. Peu de poissons, pas d'oursin, mais des patelles et quelques jeunes crabes, lestes et rapides, qui ont su jusqu'alors échapper au bec des goélands et des puffins. Les goélands, peu nombreux, ne sont pas habitués à la venue de visiteurs. Ils ne sont pas là, aux aguets, à épier les éventuels reliefs d'un pique nique qu'ils pourraient chaparder. Ils nous ignorent.

Alentour, dans les rochers, parmi les algues bercées par les vagues, la caulerpe est présente.

 

Au milieu de ruines, interdites en raison des chutes de pierre, la végétation se résume à un pied de tamaris, un pied d'aroche halime, un parterre de griffes de sorcières, une plante invasive particulièrement nocive, et des salicornes.

Les plantes se regroupent près des habitations, au pied d'un rocher en partie sculpté de fines ondulations. Coiffure féminine ou mer pétrifiée ...?

 

Ces ruines, inscrites monument historique en 2002, puis classées en 2012, ainsi que le phare et toute l'île, sont les logements des gardiens et leur famille, les ateliers, les magasins.

Temporairement occupées par un centre de plongée, fermées en 2004 par les Affaires Maritimes, elles connurent plusieurs projets, avortés : ouverture d'une maison d'artistes, d'un hôtel ou d'un nouveau centre de plongée.

Aujourd'hui abandonnées, elles subissent les dégradations du temps et du milieu marin.

 

D'où un sentiment profond de désolation quand on débarque.

 

Est ce le souvenir de toutes ces épaves alentour ?

Est ce ces canons jetés face à la mer, et que la rouille éclate, ruine plus sûrement qu'un obus ?

Est ce la hauteur vertigineuse de ce phare visible à 40 kilomètres qui écrase le paysage, courbe la perspective, pèse sur les personnes ?

Est ce ces gravats qui font remblai, est ce la muraille qui protège la place des assauts de la mer, est ce ces blocs taillés jetés sur la grève, qui jadis constituaient les premières tours, le premier fanal, le premier phare ?

Est ce ces assises de pylones aujourd'hui disparus dressant vers les cieux ces moignons de métal rongés par la rouille ?

 

Parmi ces épaves, qui font la joie des plongeurs, il convient de citer le Chaouen, un cargo marocain, échoué en février 1970, et un Messerschmitt, un avion de chasse, abattu en mars 1944.

 

L'île, connue des celto ligures, des phéniciens, des grecs, entra dans l'histoire en 1320, quand Robert d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence de 1309 à 1343, fit bâtir une tour à feu.

 

En 1774, alors que le pape récupère Avignon et le Comtat Venaissin, le feu de bois est abandonné. Une tour cylindrique en pierres de 6 m de diamètre et de 9 m de haut la remplace. Elle porte l'élévation d'un feu réverbère de 14 lampes à huile à 13 m au-dessus de la mer.

 

En 1829, ce phare cède la place à une autre tour cylindrique en pierre de taille de 36 m de hauteur (40 m au-dessus de la mer). C'est un feu de premier ordre équipé d'une lentille de Fresnel. Un éclat long, blanc, toutes les 30 secondes. Ses pierres jonchent encore la grève au sud de l'île.

 

En 1881, il est supplanté par une nouvelle tour cylindrique en pierre de taille de 59 m de hauteur (63 m au-dessus de la mer). C'est un feu électrique, 3 éclats blancs séparés par un éclat rouge. C'est ce phare que les troupes allemandes détruisent en août 1944.

 

En 1945 un feu provisoire est installé sur un pylône.

 

En 1947, les travaux du nouveau phare et des bâtiments annexes commencent. Il est allumé en 1959 puis automatisé en 1986.

 

Et depuis, chaque soir, à travers les arches du Pont de la Fausse Monnaie, son éclat se pose sur la SNC...

 

Bref, Planier, à 18kms de la Pointe d'Endoume, est au bout de 2 heures de pagaies de kayak, par mer belle. Deux heures aller, deux heures retour. Les îles de Riou par comparaison sont plus proches. Et si vous prenez un surfski, il vous faudra encore moins de temps...