Le fantasme des îles... Riou, deuxième escale

 

Vues des calanques, les îles de Riou ne sont que quelques blocs de calcaire éparpillés sur les flots, un damier brisé, un marouflage de rochers, les uns aveuglant de blancheur sous le soleil, les autres rejetés dans l’ombre de parois disloquées.

Il y a là, cependant, 162 ha de terres salées culminant à près de 200 mètres, 25 kms de côtes découpées, hachées, des criques et des falaises souvent inaccessibles. Deux calanques indentent la côte nord :

- la calanque de Fontagne, à son extrémité Ouest. Etroite, se terminant par une brève plage de galets, elle conduit à l'abri du parc et à une vieille citerne qui fut la source des grecs.

- la calanque de Monasterio plus vaste, fait face à l'île Plane. Quelques pieds de tamaris bordent la plage de sable.
Entre les deux calanques se dresse le toboggan qui, jadis, chargeait les tartanes de sable.

A la préhistoire, ces îlots étaient reliés au continent. Une plaine littoral courait au pied des calanques. La grotte Cosquer était l'objet de peintures rupestres. Les falaises permettaient de piéger le gibier, le poisson était abondant, le sel à portée de main.

Durant l’Antiquité, les grecs occupent les îles puis, dès le Ier siècle av. J-C, les massaliotes installent des pêcheries de thons.

Au XIVème siècle une vigie s'installe au sommet de l’île de Riou, pour prévenir Marseille des invasions. L'île tire son nom d'un riou, un ruisseau, un filet d'eau intermittent, jadis capté, qui ruisselait dans le vallon de Fontagne. Un bassin, des tessons d'amphores portent témoignage de ce point d'eau.

En 1720, le Grand Saint Antoine est mis en quarantaine devant l'île de Jarre. Il amene la peste à Marseille et dans toute la Provence (Giono écrira "Le Hussard sur le toit") après que sa marchandise fut nuitamment déchargée... (la foire de Beaucaire avait des impératifs supérieurs à la veille sanitaire ...). Ce n'est qu'après son déchargement que le navire fut brûlé ...

Dès 1853, le sable est exploité sur l’île de Riou pour paver les rues de Marseille et construire le premier émissaire, car la ville ne veut plus connaître d'épidémie : Les égouts ne doivent plus se jeter dans le Vieux Port mais dans les calanques, à Cortiou... Un tobbogan à sable, visible de la côte, est construit sur la côte nord de Riou, car Riou est alors une gigantesque dune, le mistral ayant en effet, comme à Saint Cyr sur Mer, tapissé l'île de sable jusqu'au haut de ses crêtes.

En 1885, l’Etat cède l’archipel à la Marine Nationale qui, entre les deux guerres, construit plusieurs installations militaires sur l'île Maïre.

Ces terrains militaires passent sous la tutelle du CEEP en 1992, et sont aujourd'hui intégrés au Parc National des Calanques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un refuge pour animaux et végétaux

Avec le relèvement du niveau marin, voilà 6 000 ans déjà, ces fragments de terre deviennent des îles, des lieux de vie et de refuge pour un grand nombre d’espèces animales et végétales, souvent insoupçonnées aujourd'hui, mais remarquables.


Les îles de Marseille sont en effet situées dans la région la plus aride de France : très peu de pluie, fort ensoleillement, températures élevées et vents forts. Il pleut moins sur les îles que sur le continent. Elles n'ont plus de point naturel d’eau douce. La rosée nocturne est leur principal apport.
Le vent, enfin, mistral comme vent d’Est, puissant facteur de dessèchement et d'érosion, chargé d’embruns, façonnent végétaux et écosystèmes.

Ainsi, sous une apparente uniformité, les îles sont d' une grande richesse : 20 espèces protégées et menacées en France ou en PACA y ont trouvé refuge. Certaines d’entre elles, quasi disparues en France, sont fortes de plusieurs centaines d’individus. Elles vivent dans des conditions tellement particulières que ces espèces pour survivre ont dû développer des traits morphologiques, physiologiques et phénologiques spécifiques.

L’insularité a permis à cette richesse botanique exceptionnelle de se maintenir. Cependant, elle reste fragile face au piétinement, à la cueillette, à l’arrachage pour faire un feux, au broutage par les lapins et par les rats, aux embruns pollués qui provoquent des nécroses, à l’envahissement par les plantes introduites ou par les plantes nitrophiles opportunistes liées à la prolifération des Goélands leucophées.

Riou, 40 fois plus étendue que Planier, plus proche, car située à 17km de la Pointe d'Endoume, fait l'objet ci dessous d'un complément traitant des végétaux et animaux, afin de mieux les connaître en vue d' une éventuelle prochaine visite...